24 octobre 2007
Pointe de vie
- Elles sont originales vos bottes !
- Ce sont des cuissardes !
- Ben ça vous va bien, ça fait longtemps que vous en portez ?
- Cela fait deux ans, de jolies cuissardes. J’en ai quatre paires à ce jour, une bien montante style chevalier, une en velours bordeaux, une autre vernis noir et la dernière avec un grand laçage derrière.
- Comme vos corsets ?
- Oui, j’aime bien les laçages, je trouve ça joli ce petit côté grillagé mais j’ai toujours aimé les cuissardes et toute petite je rêvais d’en avoir. Je bavais d’admiration devant ces femmes court vêtues portant ces chausses. Je trouvais ça sexy, mettant en valeur une jambe, suggestif à souhait, chevaleresque aussi et surtout ça fait femme !
- Pourquoi depuis deux ans alors si c’est depuis toute petite ?
- Simple, le maximum de talons que je m’impose est de deux centimètres et ce n’est que depuis deux ans que les cuissardes sans talons existent. Mais je vous laisse imaginer la déprime quand je dois aller acheter une nouvelle paire de chaussures que ce soit des souliers ou des bottines.
- Pourquoi « sans talons », à cause de votre taille ? vous vous trouvez trop grande ?
- Non rien à voir, c’est à cause de mon pied
- Ah… et ?
- Disons que c’est la parade. Quand je suis en extase devant un modèle mais que je le repose avec un sourire triste et qu’on me demande pourquoi je ne l’achète pas, alors je répond toujours la même chose « tu sais bien, avec mon pied ».
- Vous avez un pied plus haut que l’autre ?
- Je me suis cassée deux métatarsiens quand j’avais 15 ans et j’ai eu des broches. Ca m’a permis d’avoir des radios et d’éviter le sport pour les années à venir.
- Où voulez-vous en venir avec votre talon d’Achille ?
- Quand on a un problème, en général soit on l’esquive, soit on en rit. L’affronter est plus dur donc moins fréquent. Moi, j’ai trouvé une solution : j’ai une version officielle et une version officieuse. Ca donne à penser que j’affronte, mais en fait je mens et je me mens.
- Ce n’est qu’une histoire de pieds, on va pas en faire un drame
- Si, car quand on y réfléchit bien, j’ai plein de versions officielles et officieuses, c’est à un coup à se dissocier, c’est grave docteur ?
- Non pas si grave que ça … surtout si on sait que vous avez pris conscience de ces deux versions depuis peu et que votre version officielle a été longtemps d’une grande sincérité. Alors maintenant, dites moi, pourquoi vous ne portez pas de talons ?
- C’est tout bête docteur mais chaque fois que je regarde un talon, enfin une chaussure à talon, ben j’ai des démangeaisons.
- Ca vous gratte ! Ca vous titille ?
- C’est une douleur fine surtout si le talon est bien fin, comme un clou, là ça me fait pleurer
- Vous expliquez ça comment ?
- C’est à cause des chiens
- Pardon ?
- Vous savez, on dit qu’il faut pas frapper un chien avec la main car la main c’est pour donner à manger et pour caresser. Alors on conseille aux gens de prendre un torchon, un journal ou un bâton.
- Continuez
- Donc même si le maître est petit, il peut s’imposer avec un objet même si le chien est immense, il a peur et en même temps il connaît la voix et le pas de son maître.
- A quoi vous fait penser le bruit d’un talon ?
- A ma mère. Une petite bonne femme au point d’avoir des chaussons à talons, elle avait trouvé un magasin qui en faisait.
- Elle était complexée ?
- Mon père est grand et fort et nous avons hérité de mon père.
- Qui ça « nous »
- Moi et mes petites sœurs, enfin surtout moi puisque j’ai pris sa carrure
- Vous en souffrez ?
- Non, c’est bon d’avoir le dos large, ça permet de protéger et d’encaisser
- Pas très féminin tout ça
- Au contraire, c’est le rôle d’une grande sœur. Elle a stoppé le jour où j’ai pris son chausson et que je l’ai balancé à travers la pièce. Mes sœurs ont peu connu le chausson maudit et j’espère qu’elles l’ont rapidement oublié.
- Et c’est normal qu’une mère prenne son chausson pour taper avec le talon sur le dos de sa fille ?
- C’est pour ça qu’il vaut mieux que je dise que c’est à cause de mon pied, vous comprenez ?
- Oui, je comprends très bien
- Parce que vous savez, un chien c’est fidèle, ça aime et puis peut être que ça oublie aussi.
- Alors ?
- Alors on va garder la version de la broche et du pied cassé, ça fait vingt ans que c’est ainsi, on ne va rien changer.

