18 janvier 2008
Bon Dieu
Le sixième jour, le Bon Dieu décida de créer la mère mais ne s’attendait sûrement pas à faire autant d’heures supplémentaires. Les conventions collectives n’existant pas encore, il du se rabattre sur sa conscience professionnelle pour que l’ensemble soit identique à ce qu’il souhaitait.
Un ange qui passait devant son
établi lui dit :
- Vous semblez passer beaucoup de temps
là-dessus ? vous avez déjà loupé l’heure du déjeuner !
- J’ai du mal à tout assembler ! as-tu vu
le bon de commande ?
- Non, dites moi
- Elle doit être facile à entretenir, mais pas
en plastique, avoir cent soixante articulations et des nerfs en fils d’acier,
un dos assez large pour être bien chargé, de la place pour dix enfants sur ses
genoux.
- C’est une mère ou un bourriquet que vous
construisez ?
- A se demander en effet ! en plus elle
doit pouvoir tout guérir, de la bosse à l’angoisse de l’âme et posséder six
paires de mains !
- Six paires de mains ? mais c’est
impossible !
- Ce ne sont pas tant les mains qui me posent
problème, c’est les trois paires de yeux !
- C’est un prototype ou le modèle
standard ?
- Standard ! bien ça qui m’inquiète !
- Mais pourquoi trois paires de yeux ?
- Ben une paire pour voir à travers les portes
fermées en se demandant ce qui s’y passe, tout en sachant ce qui s’y fait, une
seconde paire pour voir précisément ce qu’elle ne devrait pas voir mais qu’il
faut bien savoir et une troisième paire pour regarder l’insupportable avec
amour.
- Mon Dieu, mon Dieu, allez donc vous reposer
un peu et manger aussi.
- Je n’ai pas le temps, je veux finir
aujourd’hui !
- Mais à chaque jour suffit sa peine !
- Je suis tout près de réussir ! Déjà
elle sait se soigner toute seule quand elle est malade, faire plaisir à une
ribambelle d’enfants avec un petit gâteau, elle peut convaincre un petit de
trois ans que la pâte à modeler ne se mange pas et avec un plus grand de six
ans quand il faut se laver les mains avant de se mettre à table. Elle sait
aussi expliquer que les pieds sont fait pour marcher et courir et non pour
donner des coups.
L’ange fit le tour du modèle.
- Elle me paraît trop douce, non ?
- Oui, c’est vrai, mais elle est endurante. Tu
n’as pas idée de ce qu’elle peut faire
et supporter.
- Tout en étant douce ?
- J’ai fait ses épaules assez fortes pour
porter le poids du monde mais douces pour être confortables. Je lui ai donné
une force intérieure pour endurer les naissances et le rejet qui vient souvent
de ses enfants. Je lui ai donné la force pour lui permettre de continuer quand
tout le monde abandonne, pour prendre soin de sa famille en dépit de la
maladie, de la fatigue, et tout cela sans se plaindre.
- Ah ok, elle est donc distante et froide tout
en étant douce.
- Bien au contraire malheureux ! je lui ai
donné la sensibilité pour aimer ses enfants dans n’importe quelle circonstance,
la force de supporter son mari dans ses défauts et pire ! je l’ai modelé
dans l’une des côtes de l’homme afin qu’elle protège le cœur de l’être aimé.
- Mais alors, il ne vaut mieux pour elle
qu’elle ne pense pas ?
- C’est là toute la subtilité ! non
seulement elle peut penser mais également juger, trouver un compromis et
oublier aussi car je lui ai donné la sagesse et le pardon.
L’ange se pencha un peu plus et
caressa du doigt la joue du modèle.
- Excusez-moi Bon Dieu, mais il y a une
fuite !
- Ce n’est pas une fuite, c’est une
larme !
- Une larme ? pourquoi faire ?
- C’est exclusivement à son usage personnel
quand elle le juge bon. Que ce soit de joie, de tristesse, de déception ou
d’abandon. C’est une soupape de sécurité en sorte.
- Vu ainsi elle est vraiment belle !
- La beauté d’une mère n’est pas dans les
vêtements qu’elle porte ni dans le visage qu’elle montre ou dans la façon de
peigner les cheveux. La beauté d’une maman est dans ses yeux, parce que c’est
la porte d’entrée de son cœur , là où l’amour réside.

