14 avril 2008
Yeux charbon
Chaque soir
j’utilise plusieurs cotons
Des cotons-tiges
et de la lotion
Pour démaquiller
mes yeux fatigués
Où le noir a un
peu dégouliné
Chaque soir je
prends une douche
Où il arrive qu’un
reste coule
Sur mes joues en
traînées
Je dois alors à
nouveau me nettoyer
Chaque soir je
regarde le miroir
Où je vois mes
yeux couleur de l’espoir
Je me dis que je
ne suis pas si vilaine
Puis me revient en
tête les mots de ma mère
Chaque soir je me
sens féminine
Dépourvue de ce
artifice
Qu’est le crayon à
maquillage
Que je consomme à
plein usage
Chaque soir je me
dis que demain
Pour sûr, j’en
mettrais un peu moins
Et je m’endors
dans cette optique
Mais au réveil,
impossible, c’est le hic
Et chaque matin je
prend le crayon
Je fais le contour
de mes yeux ronds
Je rajoute du
rimmel soyeux
Accentuant un
regard ténébreux
Avant de partir je
vais remettre
Une couche sur mes
paupières
De loin on dirait
deux trous noirs
Sur un visage doux
et blafard
Pourtant j’ai un
faciès avenant
Un sourire présent
et éclatant
Mais c’est à
croire que je préserve
Mon regard à ceux
que j’aime
Comment expliquer
en effet
Que le week-end je
ne suis pas maquillée
Et que j’aime
certains portraits
De moi où je suis
pas peinturlurée ?
Je pense aussi que
quelque part
Ce maquillage est
comme un masque
Un besoin pour moi
de me protéger
Quelque part,
envie de me cacher
Je dis et crois en
effet que le regard
Est la porte du
cœur et de l’âme
J’ai pas envie
qu’on scrute en moi
Je suis comme ça,
ne m’en voulez pas
